« 22 octobre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 62-63], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10086, page consultée le 26 janvier 2026.
22 octobre [1836], samedi matin, 11 h. ¼
Bonjour, mon cher petit matineux. Il me semble que vous tenez un peu beaucoup à VOIR
LEVER L’AURORE, il est vrai que quand on FUT TOUJOURS VERTUEUX1… C’est égal, vous êtes une bête
d’avoir quitté un bon petit lit chaud et une bonne petite femme qui vous aime chaude
aussi, vous êtes une archibête fouh fouh…
Maintenant je compte sur vous pour
déjeuner. N’allez pas me faire tirer la langue jusqu’à ce soir. Je ne suis pas sans
inquiétude sur la promesse que vous m’avez faite ce matin. Depuis très longtemps,
je
connais votre manière de les tenir, aussi je TREMBLE.
Je n’ai rien de bien
nouveau à vous apprendre depuis ce matin, excepté ceci : que je vous aime encore plus,
et que je vous aimerai encore plus ce soir. L’amour dans le cœur c’est comme le bon
vin en bouteille, plus il y reste, plus fort et meilleur il est.
Juliette
1 « Quand on fut toujours toujours vertueux, / On aime à voir lever l’aurore » : Proverbe devenu romance présente dans plusieurs opéras-comiques ou vaudevilles du XIXe siècle.
« 22 octobre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 64-65], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10086, page consultée le 26 janvier 2026.
22 octobre [1836], samedi soir, 5 h. ¾
Mon cher petit homme chéri, depuis que vous êtes parti, j’ai décousu de vieilles
fripes pour en faire des doublures que j’ai envoyées ce soir à Mme Pierceau. Dans la journée j’ai eu
la visite de M. Chapelle mon [ex ?] cordonnier. Je l’ai reçu dans mon cabinet. Je m’en suis débarrasséea honnêtement et je peux espérer ne le revoir que d’ici à
quelque temps. C’est toujours cela de gagnéb.
Enfin, mon pauvre adoré, que te dirais-je que tu ne
saches pas aussi bien que moi ? Que je t’aime de toutes mes forces, de toute mon âme
et que je suis pleine de courage et de résignation ? Mais tu sais tout cela pour peu
que tu m’aimes.
Si je désire aller ce soir à Saint-Antoine1 c’est parce que je serai sûre de t’avoir quelques
instants plus tôt. Pour cela je braverai tous les spectacles depuis la Mère Aupy jusqu’à Mme ANGO sous les traits de Mlle Mars2. Ainsi juge
après cela à quel point je t’aime ?
En attendant je suis dans mon petit coin,
n’entrevoyant de jour et de soleil que ce qui en arrive sur le bord de ma fenêtre.
Tout cela est ravisant si vous m’aimez autant que je vous aime.
Juliette
1 Hugo et Juliette se rendent régulièrement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
2 Mlle Mars n’a jamais joué Madame Angot, personnage de poissarde dans une série de vaudevilles.
a « débarassée ».
b « gagner ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
